Comment arrêter de se juger et passer à l’action quand on est perfectionniste
Quand on est perfectionniste, on l’est souvent avec soi-même en premier et on se juge beaucoup.
On a pas été assez présente, pas assez bonne, pas assez soutenante, pas assez brillante, pas assez rapide, pas assez discrète… Vouloir s’améliorer, c’est une bonne chose, mais quand le jugement est systématique et qu’il bloque le passage à l’action parce que ce qu’on est (ou ce qu’on fait) “n’est pas assez”, là ça pose problème.
Dans cet article, je vais t’expliquer ce qu’est le jugement selon moi et pourquoi il se déclenche si souvent de manière automatique, à quoi il sert en réalité et ce qui peut le stopper, pour enfin sortir de la boucle jugement - inaction.
Dans cet article :
Comment le jugement t’empêche d’agir
Si tu es sensible, perfectionniste et un minimum observatrice, ce que je suspecte si tu lis cet article, tu as dû t’en rendre compte : quand tu es dans le jugement sur toi-même et ce que tu fais, ce que tu crées, ce que tu produis, tu n’agis pas — ou peu, ou moins.
Eh oui : les jugements freinent, voire stoppent.
Voici un exemple tout frais d’il y a quelques jours. J’avais rendez-vous avec 2 camarades de formation, en visio, pour échanger sur un exercice que nous avons à faire ensemble. Il était prévu que chacun avance de son côté et que nous mettions en commun nos recherches. Alors que j’étais tranquille, allongée au soleil, en début de soirée, mon téléphone sonne : c’est l’heure — sauf que j’avais complètement oublié de faire ma part !
Pendant 1 minutes, j’ai regardé mon téléphone, interdite, assaillie de pensées :
Putain j’ai pas fait le travail, je suis nulle !
Mais enfin qu’est-ce que j’ai foutu ?!
Ils vont être dégoûtés de m’avoir dans leur groupe, je suis indigne…
Je décroche ou pas ?
Ils vont me détester !
J’ai qu’à pas décrocher et dire que j’ai un empêchement de dernière minute.
Si je leur envoie un message en même temps que l’appel, ils le verront ?
Oh la la mais c’est pas possible !
Etc.
Mais la suite est intéressante. Je n’ai rien fait, à part observer ce qui se passait — pas seulement mon téléphone, également les pensées, l’agitation, l’intensité.
Ça n’a pas été immédiat, mais ce choix de rester présente et d’observer sans rien faire a tout changé : c’est ce qui a permis à mes valeurs de remonter — la vérité, la transparence — et à moi, de les choisir consciemment.
J’ai pu décrocher à l’heure, participer à l’appel, dire là où j’en étais sans faire de drame, et prendre part à notre recherche collective, même si ça ne ressemble pas à ce que j’avais imaginé au départ.
Si on revient sur ce qui s’est passé : en restant collée aux jugements qui m’assaillaient, j’attendais d’être assez, d’être parfaite, pour agir.
Je m’étais fixé des conditions invisibles pour avancer : si je ne remplis pas les conditions, je n’ai pas le droit d’aller plus loin.
Tu vois le truc ?
Et si le jugement était là pour te protéger ?
En réalité, si j’ai été assaillie de jugements et de pensées juste avant de prendre l’appel, ce n’est pas pour me nuire — même si dans les faits, c’est ce qui s’est passé.
Ce n’est jamais pour nous nuire.
Les jugements et tout ce qui s’emballe parfois, quand un événement les déclenche, sont une stratégie de protection.
Pour une raison ou une autre, ton système a enregistré que dans la situation présente, tu risques d’avoir des problèmes — être malmenée physiquement ou verbalement, être rejetée, être mal vue, jugée, mise à l’écart, perdre quelque chose d’important, etc.
Et comme il constate que tu n’es pas en train d’agir pour éviter ça, il prend la main, sonne l’alerte et déclenche le mode automatique d’urgence.
C’est là que ça part en vrille en général : pluie de jugement, tempête émotionnelle, intensité au max.
Mais aussi pénible que cela puisse être sur le moment — et même après, puisque cela bloque ton passage à l’action — c’est bien une partie de toi qui chercher à te protéger, qui agit ainsi.
C’est une manifestation d’amour pour toi-même : un vieux programme, essentiel dans le passé mais bloquant aujourd’hui, que tu n’as pas encore désactivé.
Oui, tu peux être touchée ou avoir de la gratitude pour cette partie de toi qui s’active systématiquement quand le danger, réel ou imaginaire, approche — parce que c’est beau, et parce que cette partie de toi ne t’a jamais laissée tomber.
Ce qu’est le jugement, en réalité
Dans le contexte qui nous intéresse, le jugement est l’outil privilégié utilisé par ton système de protection.
Mais en dehors de ça, le jugement est un outil essentiel que tu utilises au quotidien : c’est ce qui te permet de décider, trancher, conclure.
Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? On a pas mal de poireaux et j’ai un peu de temps devant moi : je vais préparer une tarte.
Et voilà le jugement en action : tu as récolté des informations suffisantes, de mémoire ou parce que tu as ouvert le frigo et regardé l’heure, et tu as tranché.
Le jugement, c’est ta capacité à conclure.
Le problème n’est pas le jugement, car ce n’est qu’un outil : le problème, c’est quand l’outil est utilisé de manière contre-productive et qu’il ne te permet pas d’avancer.
Quand tu commences par conclure
Ici, le problème, c’est quand le jugement est utilisé pour fermer les options avant même de les avoir explorées : tu n’as encore pas pris le temps d’examiner une situation que les jugements te disent déjà où tu en es et ce que tu dois penser.
C’est pas un peu rapide ?
C’est une question rhétorique évidemment parce que si, c’est un peu rapide et c’est un euphémisme.
Quand un jugement automatique intervient, il ferme au lieu d’ouvrir, et c’est ce qui bloque le passage à l’action, puisque toutes les issues sont closes.
Tu es nulle, ce que tu fais n’est pas assez ceci ou trop cela, y a pas de débat, c’est comme ça, point.
Et même si tu arrives à bouger malgré ça — déjà, bravo — mais en plus, ça demande une énergie colossale pour passer outre et tes actions ne seront pas aussi fluides, assumées et impactantes qu’elles pourraient l’être parce qu’elles sont teintées par tout ça.
Ce qui peut stopper le jugement
Le jugement étant une posture de fermeture, de clôture, ce qui le stoppe est une posture d’ouverture et d’exploration : la curiosité.
Quand tu es dans une posture de curiosité, pleinement, tu ne peux pas être dans le jugement — les deux s’excluent mutuellement.
Je te donne un exemple dans lequel tu te reconnaîtras probablement : il t’est sûrement déjà arrivé d’observer ou d’écouter quelque chose avec tout ton être, pour mieux le connaître, le comprendre, l’intégrer — notamment quand tu étais jeune.
Regarder un insecte, observer un dessin, écouter une musique… tu observes, tu écoutes avec toute l’attention dont tu es capable. Et là, quelqu’un arrive et dit “c’est moche” ou “ah, j’adore !”, et ça te sort complètement de ton état de curiosité — tu n’avais pas pensé une seconde à juger, tu étais occupée à contempler.
C’est parce que la curiosité et le jugement sont deux mouvements opposés et font appel à des compétences opposées elles aussi — ils ont des objectifs différents et complémentaires.
Si tu veux sortir de l’emprise des jugements, qui t’empêchent d’avancer et de créer la vie nourrissante que tu veux pour toi, il va falloir développer ta capacité à être curieuse, entre autres.
Comment retrouver un équilibre
Comme tu l’as sans doute remarqué, il n’y a pas beaucoup de place pour la curiosité aujourd’hui, dans notre monde.
La curiosité demande du temps, de la patience et de la volonté et aujourd’hui, tout nous pousse à aller vite, à juger en une fraction de seconde sans s’intéresser réellement à un sujet, et à zapper d’une chose à l’autre, à l’infini.
L’extérieur ne nous soutient pas beaucoup dans cette démarche, il va donc falloir faire preuve de détermination.
Mais développer ton sens de la curiosité n’est pas le point de départ, dans cette histoire : il y a une étape, avant ça.
Eh oui : pour qu’elle puisse s’inviter dans ta vie, la curiosité, et prendre plus souvent la place du jugement, il faut d’abord réussir à voir quand le jugement s’impose automatiquement.
Tant que tu ne te vois pas faire, tu ne peux pas agir, parce que tout continue à se déclencher automatiquement et tu n’as pas le temps ni l’espace d’intervenir : dire stop, choisir une autre direction, etc.
La clé pour désamorcer le jugement, c’est d’apprendre à se voir faire d’une part, et de s’entraîner à développer la curiosité d’autre part — pour assouplir ta relation avec toi-même et avec ta vie.
Ce qui change quand tu te prends la main dans le sac
Quand tu t’entraînes à observer ce qui se passe en toi, il devient de plus en plus facile de voir les mécanismes automatiques qui se déclenchent jour après jour et te freinent.
Et c’est parce que tu les vois que, petit à petit, tu peux choisir de ne plus t’y engager : autrement dit, tu peux reprendre la main sur ce qui se passait sans ton consentement conscient avant.
Tu peux donc choisir de prendre un temps de recul au lieu de réagir dans l’instant.
Tu peux prendre le temps d’examiner ce qui se dit en toi pour vérifier si c’est vrai et si c’est pertinent, ou pas, avant d’agir.
Tu peux choisir de ne pas dire ce que tu dis d’habitude dans cette situation que tu rencontres si souvent.
Oui madame, ça s’appelle sortir des schémas récurrents, ça !
C’est possible, et ça passe par l’entraînement à voir — c’est le premier pas vers le développement d’une stabilité intérieure, qui elle te permet d’avancer et de franchir les obstacles dans la création d’une vie nourrissante.
Quand tu vois, tu peux choisir de ne plus souscrire à ce qui se dit en toi et agir conformément à ce que tu souhaites, pas sous l’influence de pensées négatives.
C’est le point de départ pour orienter ta vie dans la direction que tu souhaites vraiment, et y aller concrètement.
La transformation est possible avec l’entraînement
Tout le monde y a accès : pas besoin de talent particulier pour apprendre à s’observer.
Ce que ça demande, c’est de la patience, de la détermination et de la persévérance. Tout le monde peut développer ces qualités.
C’est parce que tu t’entraîneras que tu verras des changements dans ta vie.
Beaucoup de méthodes ou d’accompagnements restent superficiels et ne permettent pas de changement profond : par la force ou la capacité d’auto-persuasion, ils te permettent d’avoir des résultats rapides, mais souvent ça retombe comme un soufflé — et tu te retrouves avec encore plus de jugements qu’avant, car incapable de faire fonctionner ça pour toi…
J’en parle en détail dans l’article L’amour de soi : pourquoi les méthodes classiques entretiennent le problème — la mécanique intérieure expliquée.
Mon approche est différente : j’ai constaté à maintes reprises que ce qui permet de sortir du jugement et d’accéder à plus de paix, de liberté et de légèreté à l’intérieur de soi, ça commence avec l’observation neutre de soi-même et la présence à soi.
La présence est ce qui permet de voir les mécanismes en temps réel et de les désamorcer, doucement, l’un après l’autre.
C’est ce que je te propose de commencer à faire dans le programme J’arrête de me juger, un accompagnement conçu pour t’aider à mettre le pied à l’étrier. Parce que comprendre le mécanisme est une première étape, mais ce qui change réellement les choses, c’est l’entraînement.
Dans cet article, je t’ai donné la carte ; dans le programme J’arrête de me juger, je t’aide à commencer l’entraînement : reconnaître le mécanisme quand il se déclenche, créer de l’espace en toi et apprendre à revenir à la présence et à la curiosité sans te forcer.
Si tu sens que tu as besoin d’aide et que tout ce que tu as fait jusqu’à présent n’a pas fonctionné, ce programme pourrait t’apporter des réponses.
Maintenant dis-moi : qu’est-ce qui t’a le plus parlé dans cet article ? Échangeons en commentaires ☟
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Flora Douville
L’art de rester fidèle à soi