L’amour de soi : pourquoi les méthodes classiques entretiennent le problème — la mécanique intérieure expliquée

S’il suffisait de le décider pour développer l’amour de soi, tout le monde y arriverait. 

Pourtant, malgré la quantité de livres, de méthodes et de conseils sur comment s’aimer et renforcer l’estime de soi, beaucoup restent bloqués dans la confusion et le doute.

On pense souvent que l’amour de soi, c’est une histoire d’estime, d’image ou de confiance en soi. En fait, l’amour de soi prend bien d’autres formes : c’est se sentir en paix avec soi-même, même quand les circonstances sont tendues, ne pas se renier pour être accepté(e), ne pas se juger pour ce que l’on ressent, faire les choses comme on le souhaite et accepter de ne pas y arriver — entre autres.

Si tu me lis, peut-être que c’est parce que tu aimerais avoir une relation différente avec toi-même : une relation faite de confiance en toi, d’estime, de plaisir d’être qui tu es, de respect… pour enfin arrêter de te juger à tout bout de champ. Mais malgré tous tes efforts, rien ne tient dans la durée — je connais.

Tu as lu les livres, regardé les vidéos, affiché les phrases positives chez toi, mis les routines en place, fait les exercices. Et pourtant, quand une situation difficile se pointe — un conflit, une tension, un incident — ce que tu pensais stable en toi dégringole comme un château de cartes.

Ce n’est pas un manque de volonté, ni le signe que tu n’es pas bon(ne) élève — c’est même souvent l’inverse ! C’est simplement qu’on ne t’a pas expliqué comment les choses fonctionnent réellement.

Dans cet article, je vais faire un petit tour d’horizon de ce qui se dit et se fait dans le développement personnel ou dev perso, détailler pourquoi ça ne fonctionne pas et même pourquoi les techniques proposées renforcent le problème et créent de la confusion, et enfin t’expliquer la mécanique réelle de l’amour de soi — le mode d’emploi.

Dans cet article :

    Les fausses solutions du dev perso 

    “Aime-toi” : c’est la rengaine qu’on entend un peu partout dans le monde du développement personnel — et ensuite, chacun y va de son outil, ses pratiques, des techniques.

    On te parle de reprogrammation des croyances, de changer ton discours intérieur, de remplacer les pensées “négatives” par des pensées “positives”. On t’invite à répéter des affirmations devant le miroir, à écrire des listes de qualités, à écouter des mantras pendant la nuit pour que ton subconscient s’imprègne enfin de l’idée que tu es digne d’amour.

    D’autres approches te proposent de visualiser la version idéale de toi-même, d’incarner ton higher self, d’élever ta vibration ou d’attirer l’amour en vibrant déjà l’amour.

    On trouve également l’approche plus disciplinaire : sortir de sa zone de confort, se challenger, devenir la “meilleure version de soi”, se fixer des objectifs d’amour de soi et mesurer ses progrès.

    Et puis le self-care performatif : routine du matin sacrée, journaling obligatoire, rituels, bougies, bains, “date avec soi-même”. Comme si l’accumulation des bons gestes allait mécaniquement produire le bon état.

    Pourquoi ces méthodes ne marchent pas

    À première vue, tout cela semble cohérent, structuré, sérieux — parfois même scientifique.

    Mais le point commun de la plupart de ces approches est simple : elles partent du principe qu’il manque quelque chose ou quelque chose n’est pas comme ça devrait être.

    Alors il faut ajouter, corriger, produire, élever, transformer.

    Ces approches reposent sur l’idée qu’il y a un défaut à réparer ou un état à atteindre.

    Selon moi, c’est précisément là que ça déconne : l’amour de soi n’est pas un état à fabriquer. Ce n’est pas un résultat à produire par l’effort, ni une croyance à installer de force.

    Plus tu ajoutes des techniques, des pratiques, des rituels, des choses à faire, plus tu encombres ton espace intérieur, déjà saturé.

    Plus tu cherches à te transformer, plus tu renforces l’idée que ce que tu es, comme tu es, ça ne convient pas.

    Et c’est comme ça que, paradoxalement, tu peux passer des années à “travailler sur toi” sans jamais te sentir réellement en paix.

    Ce qui ne va pas, ce n’est pas seulement qu’il y a trop de discours, parce que la diversité est parfois intéressante : dans le domaine de la santé naturelle par exemple, il y a beaucoup de techniques et d’outils différents qui peuvent fonctionner pour une même difficulté de santé. La nature a mis à notre disposition tout un tas de choses pour nous permettre de les surmonter, et on ne peut que s’en réjouir.

    Comment ces approches renforcent le problème  

    Concernant l’amour de soi, c’est différent : la plupart des approches exploitent une fragilité déjà présente : la difficulté à se fier à son propre ressenti, à se tourner vers l’intérieur et à s’écouter.

    C’est quelque chose qui est accessible à tous, mais qu’on a pas tous développé de la même façon en grandissant, et qui a pu être mis à mal par certaines situations dans notre histoire. Ce qu’il faut retenir, c’est que ça s’apprend, ça s’entraîne — quel que soit l’endroit d’où on part.

    À la place, on te fait comprendre, de façon détournée, que :

    • Ce que tu es et ce que tu fais ne convient pas, n’est pas assez ou est trop ;

    • Ta vibration est trop basse — ce qui revient au même ;

    • Tes pensées et tes émotions ne sont pas les bonnes, ce n’est pas correct de penser comme ça ou de ressentir ça ;

    • Ce que tu émanes, ce que tu dégages énergétiquement n’est pas correct, pas normal ;

    • Tu dois devenir mieux, plus fit, plus mince, plus hydraté(e), plus tonique, plus calme, plus discipliné, etc. pour mériter de l’amour — de toi-même ou des autres.

    Comment peux-tu te détendre tranquillement et ressentir plus de paix, d’amour et de la joie en partant de là ? 

    Eh bien c’est simple : tu ne peux pas. Ces approches sont viciées, je dirais même pourries, puisqu’on commence par te dire : “Ce que tu es n’est pas correct.”

    La grande majorité des pratiques qui sont proposées vont dans le sens inverse et ne font que renforcer la difficulté qui t’a fait te poser des questions en premier lieu.

    Pourquoi la plupart des accompagnants proposent-ils des approches qui ne font que renforcer le problème ? Comment en est-on arrivé là ?

    On ne transmet que ce que l’on a intégré

    C’est simple : une personne ne peut en accompagner une autre que sur un chemin qu’elle a déjà elle-même emprunté, qu’elle maîtrise.

    Or le chemin de l’amour de soi véritable, celui de l’accueil de soi sans condition, est très peu emprunté, je dirais même qu’il est presque désert !

    C’est un chemin très exigeant, qui demande d’avoir fait le choix radical de s’observer intérieurement plutôt que de réagir à l’agitation.

    Ça demande de choisir la curiosité plutôt que le jugement.

    Et la plupart des gens qui proposent quelque chose autour de l’amour de soi n’ont pas fait ce travail d’ouverture sans attente, d’écoute et d’accueil sans jugement de ce qui est — en soi, et autour de soi.

    Ils restent dans quelque chose de mental, conceptuel, qui semble extrêmement logique en apparence, mais ils n’ont pas compris intérieurement, vécu et intégré, ce que c’est que de s’aimer véritablement. Ils en ont une image, pas l’expérience réelle.

    Ils n’en comprennent pas la mécanique et donc, ne peuvent pas t’accompagner à la décoincer.

    Comment l’ignorance entretient la confusion

    Les propositions sont méthodiques, en apparence censées, fondées. On a envie d’y adhérer, que ça marche. Alors on s’accroche, on suit et on fait confiance.

    Mais comme rien n’est fait pour entraîner l’écoute de soi véritable, les repères intérieurs restent instables et alors, chaque voix extérieure prend du poids. Et plus on consomme d’avis, de techniques, de méthodes, plus on s’éloigne de soi.

    Le marché du développement personnel fonctionne sur l’ajout : une méthode, une pratique, un concept. Et quand l’espace intérieur est déjà saturé, ajouter ne fait qu’augmenter la confusion.

    C’est un cercle vicieux.

    L’amour de soi : mode d’emploi

    Comprendre la mécanique de l’amour de soi

    Voici les points essentiels à comprendre pour la suite :

    1. Enlever plutôt qu’ajouter : la première chose à comprendre, pour sortir de ce cycle infernal, est qu’il ne faut rien ajouter mais enlever. L’amour de soi, c’est de l’amour — de l’énergie. L’énergie, ça circule, sauf quand ça ne peut plus, parce que l’espace est encombré. Pour que l’amour circule, mieux et plus facilement, il va falloir enlever — et non pas ajouter — ce qui encombre.

    2. Ce sont les attentes et les jugements qui encombrent. Absolument tout ce qui t’empêche de ressentir l’amour pour toi-même est lié à ce que tu crois — ce que tu attends et comment tu juges. À chaque fois que dans ta vie, quelque chose ne va pas, en réalité c’est que quelque chose, en toi, attendait autre chose à la place, ou bien juge ce qui vient de se passer.

    3. Les attentes et les jugements se dissolvent une fois reconnus et accueillis. On ne les supprime pas en les mettant à la corbeille, comme sur ton ordi. C’est uniquement parce que tu auras d’abord vu les attentes et les jugements qui sont en toi, puis que tu seras resté(e) avec, sans chercher à en faire quoi que ce soit, dans une forme de présence accueillante, qu’ils se dissoudront d’eux-mêmes.

    Comme tu peux le constater, il n’y a rien à faire. L’amour de soi est une question qui concerne uniquement la posture intérieure, l’être.

    L’amour de soi en pratique : le processus-clé

    En t’entraînant à avoir une nouvelle posture intérieure, tu vas découvrir que tu as beaucoup plus de pouvoir que tu ne le penses. Ce sur quoi tu portes ton attention et la qualité de ton attention peuvent tout changer.

    Quand tu sens un nœud en toi :

    • un endroit que tu n’aimes pas

    • un fonctionnement que tu n’aimes pas chez toi

    • une partie de ton corps que tu n’aimes pas (ou l’ensemble)

    • des pensées qui tournent en boucle

    • des jugements sur toi ou sur les autres qui te pèsent

    • des attentes déçues à répétition

    • des “problèmes” en tous genres

    • etc.

    Tu peux choisir de porter ton attention sur ce qui est là : le noeud, et rester avec.

    Sans chercher à le défaire.

    Sans chercher à le comprendre.

    Sans chercher à le changer.

    Sans chercher à le diminuer.

    Sans chercher à identifier le coupable.

    Sans chercher à te sentir mieux.

    Sans chercher à fuir les émotions, sentiments ou pensées qui se présentent.

    Englobe dans ton conscient, dans ta présence, tout ce qui est là.

    Puis suis ce que tu sens qui t’est proposé : laisser sortir les émotions ? Rester en silence ? Sortir marcher ? Reconnaître quelque chose qui le demande ? Écrire ? Rien du tout ? Soit.

    Et c’est tout.

    J’appelle ça le processus-clé.

    Pourquoi quasiment personne ne suit ce processus

    Ce n’est pas la voie que la majorité emprunte parce que ça demande de l’engagement et de la persévérance — mais pas pour passer en force ou performer, non : une persévérance tranquille à s’observer, sans attente.

    Ça demande une détermination à revenir à l’entraînement, avec dévouement, sans se soucier du résultat mais avec le focus sur sa qualité de présence dans l’instant.

    C’est une voie difficile parce qu’il n’y a rien à faire, il y a à être.

    La majorité cherche un pansement, un mieux-être immédiat, un soulagement rapide. C’est pour ça que les techniques qui invitent à faire quelque chose — quoi que ce soit — ont autant la cote : elles ont pour effet immédiat de te distraire de ta difficulté, de créer une agitation qui masque temporairement ton inconfort.

    Une exigence qui finit par payer

    Quand on a compris que tout ça ne mènerait nulle part et qu’on choisit enfin de revenir à soi, on se rend compte qu’il n’y a pas d’exercice pour éviter de ressentir ce qui est là. Pas de fuite énergétique déguisée en rituel innocent.

    Ce processus n’est pas sexy parce qu’il demande de revenir à l’être, qu’on est tant occupés à éviter. Revenir à l’être fait peur.

    Ce processus d’observation de soi n’est pas compliqué, il est au contraire extrêmement simple. Il demande par contre de l’entraînement.

    J’ai écrit le livre Je m’aime comme je suis dans cette intention : exposer le processus-clé de façon simple, claire et imagée (avec mes dessins et schémas) et offrir un cadre d’entraînement pour le mettre en pratique.

    Ce qui devient possible quand l’espace se dégage

    En accueillant pleinement ce qui se passe, comment je me sens, ce que je pense ainsi que les noeuds que ça crée en moi, j’arrête de m’accrocher, je me détends intérieurement et alors, de nouvelles options deviennent disponibles.

    Des options auxquelles je n’avais pas accès avant, parce que j’étais en tension, en fermeture :

    • il devient possible de changer d’attitude sans forcer ;

    • je peux accéder à une nouvelle perception de la situation, qui m’éclaire, m’apaise, me stimule… ;

    • je suis enfin disponible pour recevoir une inspiration, une idée ou penser à une ressource, une personne qui peut m’aider ;

    • je suis en capacité de prendre soin d’un besoin qui émerge ;

    • etc.

    Je n’ai pas besoin de faire ou de devenir autre chose pour accéder à ça.

    Ce que je suis, maintenant, en est entièrement capable.

    Le processus-clé, pour résumer, c’est le fait de t’ouvrir à ce qui se trouve en toi, pour que les nœuds se dissolvent — simplement parce que tu poses ta conscience dessus.

    Alors, il n’y a plus de nœud, plus de bouchon, plus de blocage… et l’amour peut enfin circuler en toi.

    Maintenant dis-moi : qu’est-ce qui t’a le plus parlé dans cet article ? Échangeons en commentaires ☟

    Flora Douville

    Qui je suis et ce que j’enseigne

    Une première version de cet article a été publiée en septembre 2023.

     

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