Ce que raconte vraiment “Qui veut la peau de Roger Rabbit” | 1
Qui veut la peau de Roger Rabbit fait partie des films qui ont marqué mon enfance, mais celui-ci me fascinait d’une manière un peu différente.
C’est récemment que j’ai compris qu’il cachait quelque chose — je me suis alors mise en quête de percer le mystère et effectivement, je crois que ce film parle en réalité d’un sujet bien différent de celui qu’on pense.
Dans cet article, je vais te partager ce qui m’a mis la puce à l’oreille, t’expliquer comment les personnages ne sont pas ce qu’ils paraissent être et détailler ce que nous révèle vraiment ce film, selon moi.
—
Attention : si tu n’as pas vu Qui veut la peau de Roger Rabbit, je te recommande de le faire avant de poursuivre car la suite révèle des éléments clés de l’intrigue.
Dans cet article :
Fiche du film : Qui veut la peau de Roger Rabbit
Qui veut la peau de Roger Rabbit (en anglais : Who framed Roger Rabbit) est un film réalisé par Robert Zemeckis, sorti en 1988.
Le scénario est de Jeffrey Price et Peter S. Seaman, d'après le roman Who Censored Roger Rabbit de Gary K. Wolf et combine des prises de vue réelles et de l’animation.
Il a été coproduit par :
Touchstone Pictures (filiale de Walt Disney Pictures) ;
Amblin Entertainment (société de production créée par Steven Spielberg) ;
Silver Screen Partners (fondée par Roland W. Betts, avec George W. Bush parmi les membres de son directoire au moment de la production).
L’histoire : en 1947 à Los Angeles, où humains et personnages de dessins animés cohabitent, le détective Eddie Valiant est engagé pour enquêter sur une supposée infidélité de Jessica Rabbit, épouse de Roger Rabbit. Lorsque Marvin Acme est retrouvé assassiné, Roger est accusé et Eddie accepte de l’aider à prouver son innocence. Leur enquête révèle un complot mené par le juge DeMort, qui cherche à détruire Toonville pour construire une autoroute et en prendre le contrôle. Eddie découvre finalement que DeMort est lui-même un toon et le véritable meurtrier, parvient à le vaincre et permet aux toons de récupérer leur ville.
Intrigue et thèmes officiels du film
Qui veut la peau de Roger Rabbit se présente comme une enquête policière dans un univers où humains et personnages de dessins animés cohabitent.
Le film reprend les codes du film noir — détective désabusé, meurtres, manipulation — en les mêlant à une dimension comique et visuelle issue de l’animation.
L’un des thèmes centraux est la coexistence entre deux mondes : celui des humains et celui des toons ( = personnages de dessin animé). Le film joue en permanence sur le contraste entre logique réaliste et absurdité cartoon, créant une tension entre deux systèmes de règles qui ne fonctionnent pas de la même manière mais réussissent pourtant à cohabiter.
Le parcours personnel d’Eddie Valiant, touché par la mort de son frère Teddy et reprenant petit à petit goût à la vie, est un autre élément fort de l’histoire.
Mais le film parle également des coulisses de l’industrie du divertissement : les toons ne sont pas seulement des personnages, ils sont acteurs, employés par des studios, soumis à des impératifs de performance et de rentabilité.
La question du pouvoir et de la corruption traverse aussi l’histoire car derrière l’enquête se dessinent des intérêts financiers et politiques, incarnés par le juge DeMort, figure d’autorité qui utilise sa position pour servir un projet personnel.
Enfin, le film repose sur une tension constante entre apparence et réalité : les personnages ne sont pas ce qu’ils semblent être, les situations sont trompeuses, et la vérité se dévoile progressivement.
Voilà une première lecture qu’on peut faire du film, et qui correspond grosso modo à ce que tu pourras lire à peu près partout.
Mais en se penchant sérieusement sur un certain nombre d’éléments, que je vais te présenter dans la suite de cet article, tu verras que cette lecture correspond exactement au style du film : les apparences sont très trompeuses.
Les indices qui m’ont alertée
Les films d’Hollywood cachent bien leur jeu
Depuis un an environ, je suis les émissions de Sylvain Tristan sur la chaîne de Jérémie Mercier. Sa méthode d’analyse des films, et notamment de la trilogie Retour vers le futur, du même réalisateur — Robert Zemeckis — m’a à la fois sidérée et convaincue.
Il serait bien trop long de détailler l’ensemble de son travail ici, mais voici ce que tu peux retenir :
les grands événements mondiaux comme les attaques du 11 septembre 2001 ou la “pandémie” covid sont soigneusement orchestrés par des planificateurs centraux qui les font apparaître comme des catastrophes chaotiques ;
la grande majorité des films hollywoodiens sont conçus pour programmer les esprits des années voire des décennies en amont de ces événements et conditionner la population à les accepter comme “normaux” quand ils se présenteront ;
la programmation se fait à un niveau inconscient, par le biais de codes et de symboles savamment placés, qui sont invisibles pour le spectateur non-averti ;
dans le film Retour vers le futur, Zemeckis nous place dans une situation en miroir où les héros, Marty et George McFly, représentent quelque chose de “négatif” dans notre réalité — les avions du 11 septembre 2001 — tandis que les personnages “mauvais”, Biff Tannen et Douglas Needle, représentent quelque chose de “positif” ou en tout cas une stabilité établie — les tours du World Trade Center.
Pourquoi ce film serait-il construit de la sorte ? Parce que devant un film, le spectateur est engagé émotionnellement et le réaliser ainsi est une façon de canaliser l’énergie de tous les spectateurs dans une direction précise — en l’occurrence, pour soutenir le “travail” de démolition des tours jumelles par les avions.
On parle bien de la magie du cinéma, non ? On ne pouvait pas être plus juste — il s’agit bien de magie qui se sert d’une énergie absolument colossale : la force que représente l’ensemble de l’investissement émotionnel de chaque spectateur.
Je pourrais aussi parler du nom Hollywood qui signifie “bois de houx”, celui dont on fait les baguettes magiques selon la légende, ou encore du terme broadcast, qui signifie “diffusion ou émission de contenus”, employé pour parler de télévision par exemple, mais cast veut aussi dire “sort” et broad, “large” — broadcaster, diffuser une émission à la télé, c’est donc jeter un sort à une grande audience.
Tout ça pourra te paraître absurde ou complètement abracadabrant, mais sache que Sylvain a réalisé plusieurs émissions très étayées et sourcées pour exposer cette thèse qu’il est loin d’être le seul à défendre — tu peux les regarder ici.
Des symboles qui sautent aux yeux
J’avais toujours senti qu’il y avait quelque chose de particulier dans Qui veut la peau de Roger Rabbit, mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus.
C’est après avoir regardé les émissions de Sylvain Tristan que certaines choses me sont apparues clairement comme des codes à investiguer :
Roger, le lapin blanc : on ne peut pas ne pas penser à Alice au Pays des merveilles, au terrier dans lequel elle s’engouffre, à toutes les choses qu’elle va découvrir et à la dureté à laquelle elle va être confrontée ;
Jessica Rabbit : comment ne pas voir en elle une prostituée ? Elle est très maquillée, on ne voit que sa silhouette plantureuse, sa robe ne peut rationnellement pas tenir sur son corps, est fendue jusqu’en haut de la cuisse et couvre à peine sa poitrine, son expression faciale est plus que suggestive et son spectacle ressemble à un peepshow ;
dès le début du film, qui nous place au ras du sol, on ne voit que ça : un carrelage en damier noir et blanc — un des symboles bien connu de la franc-maçonnerie ;
un sentiment diffus de quelque chose de honteux, de déplacé, que j’avais déjà en regardant le film quand j’étais jeune.
J’ai donc ouvert une réflexion, sans me fixer de date butoir ni de limite d’exploration.
J’ai gardé cette question à l’esprit : “de quoi me parle-t-on vraiment, ici ?” et je l’ai laissée faire son chemin.
Le mode opératoire de Zemeckis
Le principe d’inversion
Comme je l’ai évoqué plus haut, la trilogie Retour vers le futur fonctionne en miroir : on nous met en position de défendre et soutenir un projet destructeur en nous présentant ce projet sous la forme de héros sympathiques, qui ont une tâche à accomplir. Tout est inversé.
Qui veut la peau de Roger Rabbit est sorti en 1988, il succède à Retour vers le futur (1985) et précède Retour vers le futur II (1989).
Pour essayer de décoder le film, je me suis demandé si son fonctionnement ne pouvait pas être similaire : j’ai donc posé l’hypothèse que dans le film, ceux qu’on nous présente comme “les bons” ne le sont pas, et ceux qu’on nous présente comme “les méchants” ne le sont pas.
Et c’est là que les choses ont commencé à s’éclairer.
Eddie Valiant, Dolores, les toons, le juge DeMort… personne n’est ce qu’on croit qu’il est.
Ce point est fondamental à comprendre car c’est sur cette inversion des valeurs — avec laquelle les planificateurs centraux jouent en permanence, tu as remarqué ? — que toute l’explication qui suit est basée.
Le hasard n’existe pas
Ce qu’il faut dire également quand on parle de Zemeckis, c’est que dans ses films, absolument rien n’est laissé au hasard : les noms, les éléments qu’on voit au second plan, les accessoires, les petits détails… absolument tout est calculé.
Garde ça en mémoire en lisant la suite — non, ce que je soulève dans cet article n’est pas un hasard ou une coïncidence car ce monsieur ne laisse rien au hasard.
Ce dont parle vraiment Qui veut la peau de Roger Rabbit
Si les personnages ne sont pas ce qu’on croit qu’ils sont, et que tout est inversé, alors :
le juge DeMort, la patrouille toon (les fouines) et la trempette représentent quelque chose de positif de notre monde ;
Eddie Valiant, Dolores et les toons représentent quelque chose de négatif de notre monde.
J’ai essayé de découvrir quoi et pour m’aider à comprendre le vrai thème du film, je suis revenue aux éléments suivants :
Jessica Rabbit incarne une dimension sombre de la sexualité ;
les toons représentent un curieux groupe : ils vivent “parqués” à Toonville et travaillent en dehors pour les humains, gratuitement — ou “pour des cacahuètes” comme le dit le patron de Roger Rabbit à Eddie Valiant ;
l’intrigue démarre par une mise en scène : on demande à Eddie de faire des photos pour prouver l’infidélité de Jessica Rabbit, qui tromperait son mari Roger avec le riche Marvin Acme, propriétaire de l’énorme entreprise du même nom, un vieux type lubrique, ce qui mène Eddie à les espionner en train de faire picoti picota, un jeu enfantin dont la connotation sexuelle ne fait aucune ambiguïté ;
toute l’histoire se passe à Hollywood, dans l’univers du cinéma et de son illusion, de l’envers du décor des studios de production et des farces et attrapes ;
le grand projet du juge DeMort, c’est de raser Toonville pour construire une autoroute, à la place — freeway en anglais, ce qui veut dire “voie libre”.
À partir de là, je me suis demandé à quelle réalité du monde tout ça me faisait penser, et j’ai rapidement identifié un sujet : celui de la pédocriminalité comme institution à Hollywood et dans le milieu du showbiz de manière générale.
C’est donc à partir de cette hypothèse que j’ai commencé à creuser.
Avant d’aller plus loin
Je tiens à dire que cet article n’est pas là pour s’imposer comme la vérité sur ce film, mais pour décortiquer tout un tas d’éléments qui me laissent plus que perplexe si on s’en tient à une analyse fouillée mais classique.
J’ai utilisé mes perceptions et mon intuition pour éclairer des faits et des éléments qui, eux, sont directement tirés du film ; je me suis également appuyée sur le travail de Sylvain Tristan, comme dit plus haut, pour comprendre le mode opératoire de Robert Zemeckis. Cet article est une étude qui s’appuie sur tous ces points, pour te donner mon sentiment sur ce film et ce qu’il raconte vraiment.
À l’heure où je publie ce premier article, je n’ai pas encore repris le film scène par scène, comme je compte le faire pour écrire l’article suivant. Il est possible qu’en le faisant, je tombe sur des éléments ou des scènes clés qui viennent confirmer ce que j’avance ici — et qui pourrait être qualifié de péremptoire par certains.
L’intrigue principale : une histoire de territoire
Avant d’entrer dans le détail des personnages et de ce qu’ils représentent, revenons sur le fond de l’histoire.
L’intrigue repose sur un projet économique : une grande entreprise, Cloverleaf, veut construire une autoroute — ou freeway — à Los Angeles.
Pour que ce projet fonctionne, il faut faire disparaître le réseau de tramways (Pacific Electric) et surtout récupérer le terrain de Toonville, qui appartient à Marvin Acme. Or, Acme refuse de vendre, et son testament prévoit même de léguer Toonville aux toons, ce qui bloque complètement le projet.
R.K. Maroon, qui dirige un studio de dessins animés et veut vendre son entreprise à Cloverleaf, tente alors de faire pression sur Acme en organisant un chantage, avec les photos de Jessica.
Mais Acme est assassiné et son testament disparaît, ce qui permet au plan d’avancer. On découvre finalement que le juge DeMort est derrière toute l’opération : il cherche à reprendre le contrôle sur le territoire, éliminer Toonville et construire son autoroute.
À première vue, on se dit que ce projet semble vénal et destructeur, mais… et si le projet du juge DeMort représentait, en réalité, quelque chose de positif et même souhaitable ?
Regardons ça de près en commençant par l’étude des personnages principaux.
Décryptage des personnages
Roger Rabbit
Roger est un personnage de dessin animé pour enfants : c’est un lapin blanc aux yeux bleus, habillé d’une salopette rouge, de gants jaunes et d’un nœud papillon bleu à pois jaunes.
Il incarne quelque chose de juvénile, enfantin et naïf : il est hyper-émotif et pleure, panique ou rit de manière incontrôlable, il est incapable de se contenir.
Le divertissement par la violence
Roger est fait pour susciter de l’empathie, de l’attachement et une envie de le protéger. C’est un toon et donc il travaille pour un studio : il doit faire rire mais n’est pas réellement payé, il est exploité, c’est un outil de production.
Mais en plus, en tant que toon, ses prestations sont une suite de chutes et de chocs, de la douleur et de l’humiliation. C’est pour ça qu’il est embauché : faire rire en se faisant mal, scène après scène.
C’est une chose à laquelle nous nous sommes habitués parce que les toons semblent élastiques et mais si on remet tout à plat, on doit le reconnaître : les cartoons sont souvent très violents !
Roger incarne donc la transformation de la violence en divertissement, et comme en tant que spectateur, on s’attache à lui, on valide, inconsciemment, ce qu’il représente.
La symbolique du lapin blanc
Roger est un lapin blanc et ce symbole est loin d’être anodin — comme je l’ai dit, Zemeckis ne laisse jamais rien au hasard.
Le lapin blanc est un symbole très utilisé dans les techniques de contrôle mental MK Ultra — si tu ne sais pas de quoi il s’agit, je t’invite à faire des recherches sur ce sujet car il serait trop long d’en parler ici.
Emprunté à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, un livre très dérangeant qui expose toute l’inversion des valeurs de notre monde, ce lapin blanc représente l'entrée dans un univers de dissociation psychologique et de manipulation.
Dans le contexte du contrôle mental, le lapin blanc est utilisé comme code pour activer quelque chose chez une victime : un souvenir traumatique, par exemple.
Les victimes de ce type de contrôle mental sont torturées pour développer des sous-personnalités — on parle d’alter. C’est ce qui se passe quand on est traumatisé : un système de protection nous déconnecte de la réalité terrifiante du moment et compartimente nos expériences, pour nous éviter d’être au contact de la douleur. Les psychopathes qui utilisent ce genre de pratiques jouent ensuite avec les différents alter et les activent en fonction de ce qu’ils veulent faire faire à leurs victimes.
Roger Rabbit, en incarnant à la fois la naïveté de l’enfance et ce symbole de contrôle mental, fait déjà, en lui-même, référence directe à ce sujet : n’oublions pas que le film porte son nom et que, s’il n’est pas le personnage principal, toute l’histoire tourne autour de lui.
Roger porte également un nœud papillon bleu, comme une petite référence à un autre symbole MK Ultra : celui du papillon monarque, utilisé pour représenter la transformation subie par les victimes du programme — là encore, si ce thème ne t’est pas familier, je t’invite à faire des recherches.
Roger et le sexe
Les traumatismes infligés dans les programmes de contrôle mental tournent beaucoup autour de la sexualité, donc ce thème est déjà là, en toile de fond.
Mais ce n’est pas tout. De tous les animaux qui auraient pu être choisis, nous avons ici un lapin : pour quoi sont connus les lapins ? Pour leur fertilité — on parle de “s’accoupler comme des lapins”. Un “chaud lapin” est un homme très porté sur les plaisirs sexuels.
Ensuite, dans la version française, le nom de Roger n’a pas été traduit en Roger Lapin, ils ont gardé Roger Rabbit. Et on ne peut pas ignorer la sonorité de ce nom prononcé à la française : Roger Ra-bite. Qui n’y a pas pensé en le prononçant ?
Évidemment, cet élément n’est pertinent que pour la version française, mais elle a du poids malgré tout, à côté de la version originale, car la France n’est pas un petit pays qui ne compte pas, et on peut penser que cela ait été choisi consciemment pour activer ce mot et ce qui va avec.
Mais pour couronner le tout, et là ça concerne toutes les versions, l’étymologie de Roger est “pénis” (source). Au départ, ça signifiait “fier avec sa lance”, puis le mot a dérivé, en argot, pour devenir “pénis” et être utilisé également comme verbe pour dire “s’accoupler”.
Un nom aussi chargé ? Ce n’est pas un hasard.
Rien qu’avec ce personnage central, le décor est posé.
Jessica Rabbit
Avec Jessica, on continue dans la sexualité à gogo.
Jessica est également un personnage de dessin animé, elle est la femme de Roger Rabbit mais n’est pas une lapine et le contraste visuel entre elle et son mari est assez spectaculaire : elle semble sortir d’un dessin animé pour adultes et non pas pour enfants, comme son mari.
Au contraire de Roger, Jessica est très posée et dans la maîtrise, elle a une voix grave et parle lentement.
Les fantasmes masculins réunis en un seul personnage
Jessica, c’est une poitrine énorme à peine couverte par sa robe, une taille extra fine, des fesses bombées, des jambes longues et fines dévoilées, des talons aiguilles, un maquillage très appuyé, un regard et des poses suggestives.
C’est une caricature de femme fatale.
On pourrait facilement l’imaginer sortir d’un dessin animé pornographique et d’ailleurs, le spectacle qu’elle donne au Club “Pinceaux et couleurs” ressemble à une revue pour adultes — elle le commence en laissant passer sa jambe entre les deux rideaux sur la scène, puis c’est sa poitrine qui dépasse et enfin les rideaux s’ouvrent pour la dévoiler tout entière.
On peut même voir en elle l’image de la poupée gonflable, avec sa bouche exagérée et sa poitrine qui rebondit — dans une scène, Eddie Valiant se cogne la tête contre elle en se relevant et on entend un bruit de ballon de baudruche.
La grande prostituée de Babylone
Jessica ressemble beaucoup à la description qui est faite de “la grande prostituée”, qu’on appelle aussi “la femme rouge”, du livre de l’apocalypse, dernier livre du nouveau testament — tu peux retrouver cette description précisément dans apocalypse 17–18, mais en voici les éléments importants.
L’apparence de la “femme rouge”
La femme rouge, dans le livre de l’apocalypse, est décrite comme :
vêtue de pourpre et d’écarlate : il s’agit de rouge violacé / violet profond et de rouge vif. Il se trouve que Jessica porte une robe rouge et de longs gants violets et que ses cheveux sont d’un roux flamboyant — exactement comme dans le texte. Ce sont les couleurs attribuées au pouvoir, à la royauté et aux chefs spirituels, mais ce sont aussi des couleurs qui séduisent, qui attirent.
parée d’or, de pierres précieuses et de perles : Jessica ne porte pas de perles, mais des boucles d’oreille en or, et la robe rouge scintillante qu’elle porte pour son spectacle évoque sans hésitation le brillant des pierres précieuses — comme elle était trop difficile à réaliser techniquement pour les animateurs, ils ont fait le choix de passer à une robe rouge mat pour le reste du film.
La perversion affichée
Cette “femme rouge” du livre de l’apocalypse est également appelée “Babylone la grande, la mère des prostituées”. Babylone, déjà présente dans l’ancien testament, représente symboliquement un empire puissant, un lieu de débauche et d’idolâtrie ainsi qu’un système oppressif. Je ne peux m’empêcher de faire le lien entre Babylone et Hollywood — et je ne suis pas la seule à le faire !
En 1959, Kenneth Anger publiait Hollywood Babylon, un livre qui présente l’industrie du cinéma comme un lieu de scandales, de décadence et de corruption dissimulés derrière le glamour. Et plus récemment, le film Babylon de Damien Chazelle, sorti en 2022, met en scène un Hollywood des origines fait d’excès et de démesure, qui détruit les individus.
Sa façon de séduire
Dans le texte de l’apocalypse, il est aussi dit qu’elle tient une coupe d’or remplie d’impuretés : “c’est avec elle que les rois de la terre se sont livrés à l’impudicité, et c’est du vin de son impudicité que les habitants de la terre se sont enivrés”. La “femme rouge” représente un système corrompu, une structure de pouvoir qui séduit et domine.
Je ne suis pas en train de dire que cette figure existe bel et bien, mais étant présente dans ces écrits, elle fait partie du champ culturel mondial et est devenue un symbole.
Jessica, dans le film, apparaît d’abord comme une femme mauvaise qui se révèle être lucide, loyale et aimante.
Mais comme tout est inversé, je ne me fis pas à ce qui est dit, mais aux symboles qui apparaissent en filigrane. Elle a tous les attributs de la grande prostituée de Babylone, donc elle est là pour attirer, tromper et pervertir.
Voilà donc ce que je Jessica nous dit : Hollywood est bien un lieu où le doré, le brillant et le sexy cachent ce qu’il y a de plus dépravé, dégénéré et morbide.
Le couple Roger - Jessica
Comme tu peux le voir déjà, ces deux premiers personnages parlent en long, en large et en travers de sexualité dépravée : de façon cachée pour Roger, et de façon ostentatoire pour Jessica. Rien qu’en les étudiant tous les deux, on comprend que c’est le thème central du film.
Ils sont également très mal assortis : il semble venir d’un dessin animé pour enfants, elle d’un cartoon pour adultes.
Quand je les vois ensemble, je suis gênée : je vois une femme hypersexualisée et un enfant — alors les imaginer former un couple…
Lui est plein de vie, incapable de se contrôler, elle ressemble à une femme mûre, consciente de qui elle est, dans la maîtrise et le contrôle : ils me font penser à une victime de contrôle mental (lui) et son handler (elle) — le handler étant la personne qui reste près de sa victime pour la diriger et s’assurer qu’elle fait bien ce qu’on lui a demandé de faire.
Dans une scène où Roger est censé rester monter la garde pour Eddie, Jessica arrive discrètement par derrière et l’assomme avec une poêle avant de le mettre dans le coffre de sa voiture, soit-disant pour le protéger. Voilà qui éclaire leur relation, non ?
Les toons
Parlons maintenant plus généralement des toons, ces personnages de dessins animés.
Ils vivent à Toonville, un quartier de Los Angeles à proximité des studios de production, où ils sont parqués, d’une certaine façon. Ils travaillent dans l’industrie du divertissement et notamment du cinéma : ils sont principalement acteurs.
Leur rôle est de faire rire les humains — les divertir.
Il faut savoir que Toonville appartient à Marvin Acme, le patron de la Acme Corporation, qui vend tous les gadgets utilisés sur les tournages.
Je rappelle qu’il ne sont pas payés : R. K. Maroon, l’employeur de Roger, dit à Eddie Valiant que les toons travaillent pour des cacahuètes, en en jetant une poignée à Dumbo.
De mon point de vue, les toons représentent les enfants-esclaves, comme ceux qui vivent cachés à Hollywood, contraints de servir les mœurs dépravées des gens qui tirent les ficelles de ce milieu. Ce sont aussi les enfants qu’on façonne dès le plus jeune âge pour en faire des stars, qu’on contrôlera à volonté et à qui on fera dire ce qu’on veut, pour influencer et manipuler la population.
Les toons étant des personnages inventés, dessinés, ils portent la symbolique de l’imaginaire, d’un autre monde, fou et innocent — celui dans lequel on se réfugie psychiquement quand on subit un traumatisme, ce qui est le lot quotidien des enfants-esclaves.
D’ailleurs Roger dit à un moment : “parfois le rire est la seule arme qui nous reste” — si on fait le parallèle du rire dans l’univers des toons, avec la fuite dans l’imaginaire, la dissociation et la création de personnalités alter, effectivement : pour les victimes de traumatisme, c’est leur seule échappatoire.
Les toons incarnent donc ces enfants-esclaves, dissociés psychiquement, mais également — et surtout — leurs alters, c’est-à-dire les personnalités qu’on les pousse à se créer en leur faisant vivre des chocs, pour mieux pouvoir les utiliser et les manipuler ensuite.
La violence comme chose acceptable
Une chose importante en ce qui concerne les toons, est qu’ils sont, par définition, dessinés, donc ne peuvent pas souffrir, ni mourir — à une exception près, dont nous reparlerons plus tard en détail.
Utiliser cette forme-là pour parler des enfants-esclaves est effroyablement savant : cela permet de les montrer en train de tomber, se faire tabasser, se prendre des coups à répétition, être abusés et torturés, en sachant que la seule réaction du spectateur sera… d’en rire.
La violence, à travers les toons, est omniprésente : elle devient acceptable et on l’intègre comme quelque chose de normal et même, souhaitable, parce que c’est divertissant.
Un petit mot au passage au sujet du divertissement, qui est au cœur de ce film : ce mot signifie au départ “détourner (quelqu’un) de l’essentiel”. Voilà.
Eddie Valiant
Eddie Valiant, c’est notre personnage principal. C’est un humain, interprété par Bob Hoskins.
Au début du film, on apprend qu’Eddie travaillait avec son frère, Teddy, ainsi qu’avec Dolores, sa compagne. Le trio marchait bien et était connu pour travailler avec et pour les toons, jusqu’au jour où Teddy est assassiné par un toon, qui lui fait tomber un piano dessus.
Eddie sombre dans l’alcool et c’est un peu après que démarre le film, lorsque R. K. Maroon lui propose une mission : enquêter sur la rumeur de l’éventuelle infidélité de Jessica Rabbit.
Le faux héros du film
Eddie est donc le personnage principal : c’est lui qui mène l’enquête, c’est à travers son regard qu’on découvre l’histoire, et c’est lui qui finit par “sauver” Roger, Jessica et Toonville. Il représente la lucidité, le courage, la guérison d’un traumatisme et la reconnexion avec le monde des toons.
Mais si le film fonctionne à l’envers comme je le pense, alors tout ça doit être revu en miroir : Eddie représente une force qui participe à maintenir et protéger quelque chose de profondément destructeur.
Son nom est parlant : Valiant signifie “vaillant”, “courageux”, “brave”. Le film nous dit donc d’emblée : voilà l’homme de bien, celui qu’il faut suivre. Ce genre de marquage est toujours suspect : plus un personnage est explicitement codé comme digne de confiance, plus il sert à faire aimer au spectateur une fonction qui, dans la réalité, est beaucoup moins avouable.
Eddie est non pas un sauveur, mais celui qui permet de maintenir cet univers d’enfants dissociés, exploités notamment sexuellement et mis au service du divertissement.
Un homme brisé donc manipulable
Le film insiste lourdement sur son traumatisme : son frère Teddy a été tué par un toon, il boit, il est dégoûté, cynique, isolé. C’est parfait pour construire un arc de rédemption.
Mais si Eddie est un homme cassé, il devient manipulable, utilisable, récupérable. Son alcoolisme n’est pas seulement un signe de souffrance mais un indice qui montre que son rapport à la réalité est altéré. Il n’est pas stable intérieurement, ce qui fait de lui la personne idéale pour entrer dans un système tordu et y jouer un rôle sans le voir clairement.
Eddie n’est pas un homme libre qui choisit de protéger les toons, c’est un homme fragile déjà pris dans les rouages du système, qui va progressivement reprendre sa place dedans.
Eddie comme protecteur apparent des toons
Le film nous demande d’applaudir le moment où Eddie recommence à rire, à se rapprocher de Roger et à sympathiser avec les toons : c’est présenté comme une guérison. En réalité, il s’agit d’une réintégration dans l’univers de la perversion, une ré-adhésion au système qu’il avait quitté temporairement. Si les toons représentent bien les personnalités dissociées des enfants-esclaves, alors leur protecteur n’est pas bon, il est complice.
Le parcours d’Eddie n’est donc pas “un homme blessé retrouve son humanité” mais plutôt “un homme blessé replonge et consent de nouveau à la dépravation du monde toon”. Il ne sort pas de la morbidité, il y retourne.
Pourquoi Eddie doit être sympathique
Pour que le film fonctionne dans cette logique d’inversion, il faut absolument qu’il rende Eddie aimable — exactement comme Marty McFly est aimable dans Retour vers le futur. Eddie est donc :
blessé pour susciter la compassion,
drôle pour désarmer,
humain pour créer l’identification,
courageux pour obtenir l’adhésion.
Le spectateur doit vouloir qu’il réussisse car Eddie est un vecteur d’investissement émotionnel : plus on est avec lui, plus on adhère à qui il est et ce qu’il fait, plus on adopte, sans le voir, la cause qu’il défend, à savoir le maintien de Toonville et donc, en réalité, le maintien du système de contrôle et d’esclavage qui règne sous la surface dorée d’Hollywood.
Dolores
Dolores est la copine d’Eddie, elle est interprétée par Joanna Cassidy.
Elle est serveuse dans un bar : on peut imaginer qu’elle a pris ce poste suite à la mort de Teddy, qui a mis un terme brutal aux activités florissantes du trio.
La compagne qui tient Eddie
Belle brune ténébreuse, Dolores est une femme élégante, de caractère, qui sait ce qu’elle veut. Elle est pragmatique, a les pieds sur terre et agit avec sang-froid quand il faut.
Notre première rencontre avec elle est assez frontale : Dolores accueille Eddie froidement et lui réclame tout l’argent qu’il lui a manifestement emprunté, révélant qu’elle l’a pris dans la caisse du bar et risque de perdre sa place s’il ne rembourse pas rapidement. On sent immédiatement une tension entre eux, qui diminue à mesure qu’Eddie avance dans l’enquête et reprend du plaisir à côtoyer les toons.
Son nom est extrêmement évocateur : dolores, c’est la douleur. Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec la douleur qu’on inflige aux enfants de manière répétée pour créer des traumatismes et une dissociation psychique. Sinon, pourquoi avoir choisi ce prénom ?
Le couple Eddie - Dolores
Ensemble, ils cherchent à sauver Toonville et pour ça, ils veulent retrouver le testament d’Acme, qui permettra aux toons de récupérer leur territoire et qui empêchera définitivement Cloverleaf — ou le juge DeMort — de tout raser.
Dolores joue un rôle très structurant pour Eddie et lui apporte une aide précieuse dans sa mission en faisant des recherches pour comprendre ce qui se passe réellement et retrouver le testament. De mon point de vue, elle est vis-à-vis d’Eddie ce qu’est Jessica vis-à-vis de Roger : elle le tient et vérifie qu’il va bien au bout de sa mission, elle agit comme une handler.
Ils veulent donc maintenir Toonville : seraient-ils des trafiquants d’êtres humains ?
Le juge DeMort
Le juge DeMort est, à première vue, un humain, interprété par Christopher Lloyd — mais on découvre vers la fin du film qu’il est en fait un toon.
Il est chargé de l’affaire du meurtre de Marvin Acme, c’est comme ça qu’Eddie fait sa connaissance. Grand, sec, entièrement vêtu de noir, caché derrière une paire de lunettes opaques et un grand chapeau noir, le juge DeMort est l’austérité même.
Insensible au charme de Toonville
Tous les personnages du film, à l’exception du juge DeMort, entretiennent une relation plutôt affectueuse avec les toons. Même Eddie, qui commence par les rejeter, finit par retrouver l’enthousiasme d’aller à Toonville.
DeMort, lui, ne rit jamais, ne s’attendrit pas, ne joue pas le jeu. Il traite les toons comme un problème à résoudre — on sent qu’il en a horreur. Cette absence totale d’attirance pour leur univers est essentielle : là où le film nous pousse à entrer dans le monde toon, à en accepter les règles, à l’aimer et à se laisser porter, le juge DeMort reste en dehors et même s’y oppose.
Pour moi, cette position n’est pas celle d’un ennemi du vivant, comme on le croit de prime abord, mais celle de quelqu’un qui refuse d’adhérer à un système pervers précisément parce qu’il en perçoit la nature.
Sa rigidité extrême correspond en réalité à la pureté de l’intention qu’il porte : celle d’en finir définitivement avec la dépravation et la cruauté du système que représente Toonville.
Une figure construite pour repousser
C’est précisément pour ça qu’on lui donne l’apparence d’un monstre. Tout est fait pour que le spectateur le perçoive comme l’incarnation du mal : il est froid, rigide, cruel, sans humour et veut détruire Toonville. Il représente une autorité implacable et déshumanisée. À première vue, il incarne la violence du pouvoir et la haine de l’imaginaire.
Son nom mérite qu’on s’y arrête : Doom en anglais signifie “destruction, ruine, dissolution de toute chose”. En français, il devient littéralement celui qui est “de mort”, celui qui porte la mort, qui l’incarne.
Mais comme pour Eddie, cette construction est tellement lourde et insistante qu’elle devient suspecte : plus un personnage est chargé — négativement ou positivement — plus il est nécessaire de se demander ce que ça cache !
Le film ne veut laisser aucune ambiguïté : cet homme doit être associé au néant, à la fin, à l’horreur pour empêcher toute lecture alternative de ce qu’il fait : il ne doit pas être compris mais rejeté.
Il est la cible émotionnelle parfaite, le personnage contre lequel le spectateur doit s’acharner et balancer sa haine. L’objectif est que le spectateur veuille qu’il échoue pour créer, comme je le disais en début s’article, une charge d’énergie massive contre ceux qui cherchent, comme le juge, à en finir avec le système de Babylone-Hollywood.
La trempette, ou comment en finir avec l’horreur
Son invention, la trempette, un liquide constitué de 3 solvants chimiques puissants, est présentée comme l’arme la plus terrifiante du film car c’est le seul moyen de tuer un toon définitivement. Le film insiste fortement sur son caractère atroce pour marquer émotionnellement le spectateur : la trempette est associée à une destruction injuste, choquante, insupportable.
Mais si on reprend la logique d’inversion du film, la trempette n’est plus une arme de destruction mais un outil de libération, le seul élément capable de mettre un terme à ce que représentent les toons, à savoir la dissociation et la création d’alter (personnalités multiples) comme conséquences des traumatismes infligés aux enfants-esclaves.
La trempette, c’est ce qui peut enfin mettre un terme au cauchemar.
C’est précisément pour ça qu’elle doit être présentée comme monstrueuse — pour que le spectateur la rejette et la déteste.
Deux types de violence
Cette histoire de trempette éclaire aussi une chose fascinante sur la violence, dans ce film : la violence du juge DeMort n’est pas une violence jouissive (et pathologique), contrairement à celle de l’univers toon.
DeMort ne torture pas pour le plaisir du spectacle mais agit de manière fonctionnelle, dirigée, pour faire cesser un système horrible.
C’est très important et je l’ai déjà dit plus haut : on n’y fait pas attention, mais l’univers des toons, lui, est extrêmement violent et réussit à transformer cette violence en divertissement.
Le juge DeMort n’est pas un sadique comme on veut nous le faire penser, il s’attaque au système sordide que le film cherche à rendre aimable.
Détruire Toonville : un projet à double lecture
Son projet de détruire Toonville pour construire une autoroute — freeway en anglais — est plus complexe qu’il n’y paraît.
A priori, il s’agit d’un projet vénal, cynique, moderne au mauvais sens du terme, capitaliste : raser un lieu vivant et singulier pour imposer une logique industrielle, froide, rentable. Le film passe une couche de discours économique, parce qu’il faut que le spectateur associe spontanément ce projet à de la cupidité.
Mais ici, on a le mot freeway qui n’est pas anodin.
Et si Toonville représente bien le lieu où sont parqués les enfants-esclaves qui servent l’industrie d’Hollywood et sa perversion, alors vouloir le raser et le remplacer par une “voie libre”, ça n’est pas faire du business, c’est faire péter le système, supprimer ce lieu de concentration immonde et libérer les prisonniers.
Être un toon et vouloir détruire Toonville ?
Le fait que le juge DeMort soit lui-même un toon est probablement le nœud le plus intéressant de tout le film. C’est la révélation qui achève, en première lecture, de le rendre monstrueux : non seulement il est cruel, mais en plus il fait partie de ce qu’il combat — c’est un traître à sa propre nature !
Mais si DeMort est un toon et qu’il veut détruire Toonville, ça signifie probablement qu’il connaît la nature profonde de cet endroit, de ce système, de ce qui s’y passe : il en vient, il en porte la marque et c’est pour ça qu’il veut tout raser.
Là où les autres personnages sont pris dans le système, fascinés, complices ou aveuglés, DeMort est le seul à avoir traversé cette condition et s’en être suffisamment extrait au point de vouloir l’anéantir. Sa haine de Toonville n’est pas une haine abstraite ou idéologique, c’est la haine de quelqu’un qui connaît intimement ce monde pervers et veut en finir avec lui.
Si j’avais su…
Quand je regardais ce film, enfant — argh — je ne me rendais évidemment pas compte de tout ça et pourtant, je sentais quelque chose de gênant, de tabou, mais je ne pouvais pas en dire plus.
Lorsque j’ai commencé à comprendre à quoi servaient vraiment le cinéma, j’ai été effarée et en même temps, ça expliquait beaucoup de choses. Nous sommes manipulés à un point… !
J’ai aimé beaucoup de films, comme celui-ci — et quand j’aime un film, je peux le regarder un nombre incalculable de fois — alors quand je réalise toute la perversion qu’on fait passer dedans discrètement, ça me degoûte profondément.
Dans le prochain article, j’étudierai certaines scènes clés du film, d’autres personnages comme la patrouille toon (les fouines) et notamment le fait que, contrairement aux autres toons, elles puissent mourir de rire, pour continuer à explorer ce film et vérifier l’hypothèse selon laquelle ce film nous révèle exactement ce qui se passe à Hollywood pendant qu’on applaudit en mangeant du popcorn.
Maintenant dis-moi : qu’est-ce qui t’a le plus parlé dans cet article ? Si tu as fait des observations de ton côté, je serais ravie de les connaître ! Échangeons en commentaires ☟
—
Flora Douville
L’art de rester fidèle à soi