Comment savoir ce que tu veux vraiment — et arrêter de répondre aux attentes des autres
“Je sais ce que je ne veux plus, mais je ne sais pas ce que je veux.” J’ai souvent entendu cette phrase de la part de femmes qui se sont beaucoup occupées des autres.
Elles ont coché toutes les cases : carrière construite, famille organisée, responsabilités assumées. Mais maintenant, quand elles essaient de sentir ce qu’elles veulent, elles n’y arrivent pas, c’est comme si elles avaient perdu l’accès à leurs désirs, à leurs envies, à leurs besoins à elles.
Dans cet article, je vais détailler ce qui fait qu’on a perdu l’accès à ses désirs, pourquoi la confusion est naturelle à ce stade, et ce qu’on peut faire pour retrouver son axe.
Dans cet article :
Le choix inconscient
Très tôt, on apprend qu’être aimé dépend de notre comportement.
Dans nos familles et notre société, on a énormément valorisé le sacrifice et la capacité d’adaptation. S’oublier au profit des autres, c’est noble — c’est donc ce qui est perçu, sans que ce soit nécessairement nommé, comme étant la bonne façon de se conduire, dans une famille.
Alors on fait un choix, souvent inconscient : être aimé plutôt qu’être vrai.
Être vrai, c’est se laisser être qui on est, sans chercher à le changer, le modifier. C’est suivre ses élans naturels, se montrer tel que l’on est sans essayer d’avoir l’air plus ceci ou moins cela.
Quand on a été soi, petit, et qu’on en a subi des conséquences difficiles, notre système, en cherchant à nous protéger, va essayer de masquer ou déformer ce que l’on est, de le transformer en quelque chose de plus aimable.
On met alors en place des stratégies — inconscientes — qui nous font faire ou dire des choses avec lesquelles on n’est pas en accord, simplement pour être aimé.
C’est ce qu’on appelle des mécanismes de protection : “Je suis et j’agis comme on l’attend de moi, plutôt que de suivre mes élans naturels.”
Parce qu’être aimé te permet de survivre, petite. Il te permet de maintenir le lien avec ceux qui s’occupent de toi, dont tu dépends entièrement.
Être vraie, en revanche, a pu te coûter cher.
Le problème c’est qu’à force de faire ce choix, tu finis par ne plus savoir qui tu es — et ce que tu veux vraiment.
Être aimée est devenu prioritaire, être vraie secondaire.
Le mécanisme de l’adaptation
Voici un exemple tiré de mon expérience. On me l’a toujours dit et je l’ai toujours senti : j’ai un côté “à distance”, je donne l’impression, naturellement, que je reste loin ou en hauteur.
Tout au long de ma vie, ça a pu être interprété comme :
elle prend les gens de haut
elle est froide, inaccessible
elle est égoïste, les autres ne l’intéressent pas
il faut qu’elle dépasse sa timidité et qu’elle prenne sa place
elle ne veut pas se mélanger avec les autres
etc.
Est-ce que tout ça est vrai ? Non.
Ce n’est pas vrai, mais j’ai internalisé ce regard extérieur et c’est comme ça que je me suis vue, longtemps : froide, hautaine, distante… Je pensais que c’était ce que je suis et que ce n’était pas bien, d’être comme ça. Je pensais que cette apparence posait problème, car ça ne collait pas avec l’image de l’humaine idéale que je voulais être.
Mon système a identifié ça comme quelque chose à corriger, sinon j’allais potentiellement vivre du rejet — ce qui a été enregistré, petite, comme un risque à éviter absolument.
Alors je me suis parfois forcée à être autrement, j’ai fait semblant, j’ai joué le rôle de quelqu’un que je n’étais pas, pour me rendre plus acceptable, plus aimable.
Bon, jouer à la personne chaleureuse quand on l’est pas, c’est pas toujours réussi.
En réalité, le problème n’a jamais été mon apparence mais l’idée que je m’en faisais, l’histoire que je me racontais dessus.
Le problème ne vient jamais de la réalité ou de ce qui est, mais des histoires qu’on se raconte sur ce qui est.
Ce que ça te coûte
Avec le temps, on devient la personne qu’on a modelée, en fonction de ce qu’on pense être bien, et en fonction de nos mécanismes de protection.
C’est un enchevêtrement de choix conscients et inconscients, qui nous ont éloignés très progressivement de notre axe et de nos élans naturels — de nous-mêmes en somme.
Ce que ça produit :
une perte de spontanéité : on arrive plus à répondre simplement à ce qui nous est proposé, tout devient confus, lourd, compliqué ;
une perte d’élan : difficile d’avancer, de choisir et de s’orienter dans la vie, quand on ne sait plus qui on est et où on va !
une adaptation constante : chaque mouvement dans la vie devient un ajustement, une contorsion, pour maintenir en place ce qui a été construit ;
une difficulté à dire “je veux”: il devient difficile de savoir ce que l’on veut, et on finit par confondre désir réel et désir stratégique.
Ce qui se passe, c’est que le canal par lequel passe le désir personnel s’affaiblit — non pas parce qu’il disparaît, mais parce qu’il est de moins en moins consulté.
Le flou qui existe aujourd’hui n’est donc pas un manque de capacité à vouloir ou à être vrai : c’est le résultat d’une longue période où ce n’était pas prioritaire.
Le problème de fond : les attentes
Ce que révèle ce système, finalement, ce sont les attentes : celles projetées sur toi, quand tu étais enfant, et celles que tu as développées avec le temps, sur toi et sur les autres — parce que c’est le seul modèle que nous avons en grandissant, celui d’avoir des attentes.
Une attente, c’est un espoir ou une opinion qu’on a vis-à-vis de quelqu’un ou de quelque chose. C’est le fait de compter dessus, d’avoir de l’espérance, de s’appuyer sur une prévision.
Ces attentes ne sont pas un problème en tant que telles, mais elles le deviennent quand on s’y accroche, qu’on construit à partir de là — et c’est malheureusement très souvent le cas.
Les attentes concernent absolument tous les aspects de ta vie et tu peux en avoir à tout moment, sur tout.
Les attentes sont devenues partie intégrante de toi
Dans ta famille, on avait des attentes vis-à-vis de toi : certaines explicites, d’autres implicites. Tu t’es construite par rapport à ces attentes : en répondant à certaines, en te rebellant contre d’autres.
Les attentes ont fait partie du paysage que tu as intégré et aujourd’hui, tu as peut-être l’impression d’être coincée dans un filet d’attentes que les autres ont de toi, que tu as des autres mais également, que tu as de toi-même.
L’observation de ces attentes est une étape incontournable pour celui ou celle qui veut mettre plus d’authenticité et de simplicité dans sa vie.
Parce que si tu veux enfin être vraie, savoir ce que tu veux et arrêter de faire les choses pour être aimée, il va falloir arrêter de répondre aux attentes de l’extérieur — et donc les voir — mais également, arrêter d’alimenter des attentes que tu as toi vis-à-vis de l’extérieur ! Eh oui, ça marche dans les deux sens.
Les attentes des autres
Pour comprendre la lourdeur créée par les attentes, partir des attentes des autres est parfait parce qu’il y a de grandes chances pour que tu les ressentes déjà.
Identifie une attente connue, une attente que tu sais qu’une personne (ou plusieurs) ont vis-à-vis de toi : par exemple, on s’attend à ce que tu réussisses, à ce que tu fasses telle activité professionnelle, à ce que tu te comportes de telle ou telle façon. Elle peut venir d’un parent ou des deux, d’un conjoint, d’un frère ou d’une sœur, d’une personne avec qui tu travailles…
Reste en contact avec cette attente, et observe comment tu te sens : physiquement, émotionnellement, mentalement.
Quelles sont les sensations que tu as ?
Quels sont les mots qui te viennent ?
Quelle est l’ambiance intérieure générale ?
Voilà.
Une attente, ça fige.
Pourquoi ? Parce qu’une attente est comme un jugement anticipé : c’est une façon de dire, avant même que quelque chose n’ait lieu, que cette chose devrait être comme ci plutôt que comme ça.
Cette chose est jugée bonne si elle est comme ci, alors on s’attend — on espère — qu’elle sera comme ci.
Si ce n’est pas le cas, déception.
Ça oblige l’objet de l’attente à entrer dans la petite case qu’on a prévue pour lui, ça le pousse à se comporter de telle sorte à répondre à l’attente.
Ça coupe l’élan naturel, ça éteint la créativité, ça tue la spontanéité.
Tu perçois, maintenant, comme les attentes extérieures ont pu conditionner ton comportement et donc, ta vie, depuis toute petite ?
Les attentes que tu as, toi, sur les autres
Tu comprends donc pourquoi, réciproquement, les attentes que tu peux avoir sur l’extérieur sont également délétères.
Non seulement parce qu’elles créent de la rigidité dans la relation à l’autre, mais également parce qu’elles te privent de tout ce qui pourrait voir le jour, de tout ce qui pourrait s’exprimer, sans ces attentes.
Tu attends que les choses prennent une forme particulière et, si ça ne rentre pas dans cette petite case alors tu verrouilles tout et tu refuses ce qui est là, voire tu le juges comme inapproprié.
C’est comme ça que certaines personnes qui m’ont rencontrée en stage ont été déçues : elles ont trouvé que j’étais “froide et distante”, que je n’étais pas l’accompagnante qu’elles auraient voulu avoir en face, que je me mettais trop en retrait.
En gros : elles refusaient ce que j’avais à leur offrir — observation, attention, analyse, présence — parce que ça ne prenait pas la forme qu’elles attendaient d’une personne qui fait du développement personnel.
Non, quand on fait du dev perso et qu’on a atteint un certain niveau d’estime et de confiance en soi, tu comprends, on est une personne souriante, avenante, accueillante et chaleureuse, c’est évident — et même obligatoire.
Voilà ce qui est attendu.
On me reproche parfois d’être ce que ces personnes disent vouloir devenir : moi-même.
Mais ça n’est pas possible :
soit on veut être accepté tel que l’on est, et dans ce cas on accepte l’autre tel qu’il est, et on s’ouvre à découvrir à chaque instant à quoi ça ressemble, quand l’autre est vrai ;
soit on veut que l’autre soit comme on aimerait qu’il soit et donc, on est ok avec le fait d’être mis en boîte et jugé soi-même, et on va probablement être chiffonné chaque fois que l’autre sortira du cadre dans lequel on aimerait qu’il reste.
Mais on ne peut pas à la fois vouloir être acceptée telle qu’on est, et demander aux autres d’être autre chose que ce qu’ils sont !
Les attentes que tu as sur toi-même
À force d’avoir répondu aux attentes des autres, tu as fini par les intégrer : elles ne viennent plus de l’extérieur, elles sont devenues les tiennes.
C’est toi, maintenant, qui te dis :
“Je devrais être plus ceci.”
“Je ne devrais pas ressentir ça.”
“Je devrais savoir ce que je veux.”
“À mon âge, je devrais déjà avoir fait XYZ”
Ces attentes ne font qu’ajouter un commentaire sur une situation.
La situation est neutre. Le commentaire, lui, ne l’est pas.
Quand tu y crois, quand tu adhères à ces attentes, ça crée de la pression : tu entres dans une forme d’auto-évaluation, de contrôle et de comparaison constants.
Ça te donne l’impression de savoir ce qui est toi et ce qui n’est pas toi, mais en réalité, tu ne fais que t’évaluer intérieurement sur des critères arbitraires.
Tu peux aussi confondre ça avec de la maturité ou de la responsabilité — parce que c’est ce qu’on t’a montré comme modèle : celui qui évalue (le parent) est mature et responsable, soit-disant. Donc si tu fais comme lui, tu es comme lui.
En fait, tu n’es plus en train de vivre, tu es en train de te surveiller en train de vivre.
Une grande partie des approches de développement personnel entretiennent ça, malheureusement — j’en parle dans l’article L’amour de soi : pourquoi les méthodes classiques entretiennent le problème.
Dans ce contexte, les élans, que tu as peut-être mis de côté pendant un moment, ont très peu de chance de refaire surface — à peine ils pointent le bout du nez que des commentaires sanctionnent immédiatement :
“Est-ce raisonnable, réaliste ?”
“Est-ce juste, cohérent ?”
“Est-ce que ça va plaire ?”
Chaque attente agit comme un filtre, et chaque filtre affaiblit ton élan.
Alors, avec le temps, plus rien ne passe. Et toi, tu ne sais plus ce que tu aimes, ce que tu veux, ce dont tu as vraiment envie pour ta vie. Tout est flou.
Je l’ai dit plus haut : une attente, c’est un jugement anticipé.
Quand tu as des attentes sur toi-même, en réalité tu te juges avant même d’avoir agi.
Tu n’as même pas le temps d’explorer ce que tu veux que c’est déjà évalué.
Retrouver son axe
Tout ça étant dit, j’ai une bonne nouvelle pour toi.
Ne plus savoir ce que l’on veut n’est pas un problème, c’est même un signe encourageant : ça veut dire qu’on commence à se poser la question à nouveau, après des années “la tête dans le guidon”, qu’on commence à sortir d’un fonctionnement automatique.
Le flou est donc normal.
Voilà 3 choses à savoir et à mettre en place, pour retrouver ton axe à partir de là.
Accepter le risque de déplaire
Oui, en étant toi-même, tu risques de déplaire.
Ça fait partie de ce que tu dois savoir : si tu veux (re)découvrir ce que tu veux vraiment pour toi et pour ta vie, il va falloir arrêter petit à petit de répondre aux attentes — extérieures et intérieures — et donc, potentiellement, déplaire.
Bon, en fait je sais pas si t’as remarqué, mais qui que tu sois et quoi que tu fasses, tu déplais déjà. It’s already happening.
Alors à partir de là, il y a 2 options :
accepter le risque de déplaire, même si c’est parfois inconfortable, et donc, également, être aimée pour qui tu es réellement ;
continuer à jouer un rôle — en sachant que tu ne seras pas aimée pour ce que tu es, c’est le personnage que tu joues qui sera apprécié ou non.
Tu as donc un choix à faire : être vraie ou être aimée.
À ce sujet, savoir dire non, si c’est quelque chose de difficile pour toi, ça s’apprend — j’ai écrit un article complet là-dessus : Pourquoi dire non est si difficile.
Ce qui est amusant, comme tu le vois, c’est qu’en choisissant d’abord d’être aimée, tu as peu de chance d’arriver à être vraie.
En revanche, en choisissant d’abord d’être vraie, tu vas être aimée, c’est sûr ! Seulement… l’amour ne viendra pas forcément de là où tu l’attends, ni sous la forme que tu attends.
Observer les attentes
Ce qui nous ramène aux attentes : pour ne plus t’y accrocher, ne plus les “subir”, il faut les voir.
Ça demande du temps, et d’y revenir régulièrement, mais tu peux déjà faire une pause et un petit état des lieux.
Prends le temps d’observer :
ce que les autres attendent de toi, et comment tu y réponds ;
ce que toi, tu attends des autres ;
ce que tu attends de toi-même.
Si ça t’aide, fais-en une liste.
Il n’y a rien de spécial à faire de ça, à part regarder, et rester présente à toi-même pendant que tu fais le constat.
Il n’est pas question de faire quelque chose de ça dans l’immédiat. Il n’est pas question de juger ce que tu vois, de vouloir changer ça, de faire des reproches, ou quoi que ce soit d’autre.
Tout commence par la prise de conscience, et c’est ce que tu permets en prenant le temps de regarder. Laisse le reste se faire tranquillement ensuite.
Ne plus répondre aux attentes
Il est bien naturel que le désir personnel, les besoins et les envies soient discrets, après des années d’adaptation. On ne peut pas exiger qu’ils se révèlent en un claquement de doigts, alors qu’on les a repoussés pendant si longtemps. Ils ont pris le pli — ils se sont mis dans un coin et ne font plus de bruit.
Ils ne vont pas revenir parce que tu essaies de les “faire sortir” à coup d’exercice de réflexion, de brainstorming ou de coaching.
Ils reviendront :
d’une part, quand tu arrêteras de faire plaisir, quand tu arrêteras de vouloir plaire, de répondre aux attentes — celles des autres ou les tiennes ;
d’autre part, quand les conditions leur permettront à nouveau de se faire entendre, et ça passe par le dégagement progressif de tout ce qui encombre l’espace, tout ce qui “fait du bruit” intérieurement — les attentes et les jugements.
Si tu veux approfondir ce sujet et développer ta capacité à ne plus t’accrocher aux attentes pour retrouver le plaisir d’être toi — et accéder à tes élans, j’ai écrit le livre Je m’aime comme je suis.
Dedans, je t’explique en détails comment sortir des boucles mentales ou émotionnelles qui t’empêchent de vivre la légèreté et la simplicité au quotidien.
Maintenant dis-moi : qu’est-ce qui t’a le plus parlé dans cet article ? Échangeons en commentaires ☟
—
Flora Douville
L’art de rester fidèle à soi
Une première version de cet article a été publiée en octobre 2022.