Pourquoi je sais ce que je dois faire… mais je ne le fais pas
Quand on est intuitif et sensible, on se rend vite compte quand quelque chose n’est pas ajusté — quelle que soit la situation : personnelle, relationnelle, professionnelle…
C’est probablement ton cas : parce que tu cherches la vérité, parce que tu veux toujours comprendre ce qui se passe et pourquoi les choses sont comme elles sont, tu as développé une capacité d’observation et d’analyse — tu es lucide.
Alors pourquoi est-ce que souvent, on n’arrive pas à prendre une décision ou passer à l’action ?
Tu fais peut-être ce constat toi aussi, dans ta vie ou celle des gens qui t’entourent : peu de décisions sont prises, certaines situations durent très, voire trop longtemps et la vie change peu, même quand on sait ce qu’il faudrait faire.
Dans cet article, je vais parler des raisons pour lesquelles la lucidité ne mène pas nécessairement au changement, de ce qui se joue en général à l’intérieur et qui bloque, et enfin ce qui peut être fait pour sortir de l’immobilisme sans violence et agir en cohérence avec tes aspirations.
Dans cet article :
La décision que j’aurais dû prendre bien avant
Il y a une dizaine d’années, j’avais commencé à former une équipe pour développer mon ancienne activité. J’avais alors démarré une collaboration avec une personne qui allait occuper une place importante à mes côtés.
On s’entendait aussi bien professionnellement que personnellement, sa mission était claire et ensemble, nous travaillions efficacement.
Au bout de quelque temps, pourtant, j’ai dû me rendre à l’évidence : cette collaboration me coûtait trop cher. Je n’avais pas à remettre en cause la qualité de son travail, mais il y avait un décalage entre ce que j’avais accepté de la payer chaque mois et ce que mes activités me rapportaient.
Pendant un moment, j’ai espéré que les choses allaient s’équilibrer : que l’activité allait se développer, que les revenus suivraient, que la situation finirait par se stabiliser — sauf que c’est pas ce qui s’est passé.
Je suis restée dans cette situation pendant plusieurs mois, qui ont été très inconfortables.
J’ai fini par comprendre que rien ne changerait sans action de ma part, alors j’ai mis le sujet sur la table : il s’en est suivi plusieurs mois d’échanges et de négociations difficiles qui se sont soldés par une rupture brutale.
Ce qu’il faut comprendre : voir clairement une situation est une chose, mais décider et agir en est une autre !
Décider, c’est accepter les conséquences d’un repositionnement : modifier une dynamique, peut-être décevoir quelqu’un, changer un équilibre qui existait jusque-là.
Et c’est souvent à cet endroit qu’on se retrouve bloqué.
Une distinction fondamentale : voir / décider / agir
Cette situation m’a fait comprendre quelque chose de très simple : voir, décider et agir sont trois étapes différentes.
On pourrait se dire que comprendre une situation devrait naturellement conduire à un changement. C’est vrai dans la mesure où c’est la première étape, obligatoire, du changement. Mais les étapes suivantes ne sont pas déclenchées automatiquement simplement parce qu’on voit.
En fait, ces trois étapes n’obéissent pas à la même logique et ne demandent pas les mêmes compétences.
Voir, d’abord.
Voir consiste à percevoir ce qui se joue dans une situation. C’est la capacité à lire les dynamiques, à reconnaître les incohérences, à sentir quand quelque chose ne va pas, n’est pas ou n’est plus ajusté. Certaines personnes ont une grande finesse à cet endroit : elles comprennent vite, analysent bien, voient clair dans les relations et dans les mécanismes à l’œuvre — elles sont lucides.
Mais voir ne change rien en soi : la réalité reste la même tant qu’aucune décision n’est prise.
Décider, ensuite.
Décider est une étape très différente. Décider signifie choisir une direction et accepter ce que ce choix implique. C’est le moment où on arrête d’observer pour prendre position. Or toute décision a un coût : elle peut modifier une relation, bousculer un équilibre, fermer certaines possibilités. C’est souvent à cet endroit que les choses se compliquent.
Agir, enfin.
Agir consiste simplement à concrétiser une décision dans la réalité : poser un acte, ajuster une situation, modifier un fonctionnement. L’action devient possible lorsque la décision est réellement prise. Tant que la décision reste incertaine, les actions sont floues, maladroites, hésitantes.
Comme tu le vois, comprendre une situation ou prendre une décision ne suffit pas à changer les choses. On peut voir très clairement ce qui se passe et rester longtemps au même endroit.
L’illusion du progrès par la compréhension
Ce qui est vrai, cela étant, c’est que comprendre une situation peut procurer un réel soulagement.
Quand on se sent mal, que tout est confus et que soudainement on voit ce qui se passe et on comprend, ça éclaire et ça peut détendre un peu. Les choses ont enfin du sens : ce qui paraissait flou et incompréhensible devient intelligible.
Cette clarté donne facilement l’impression d’avoir déjà avancé parce qu’on peut alors se dire : “je sais maintenant ce qui se passe”.
Et d’une certaine manière, c’est vrai : la lucidité est déjà un pas important.
C’est la première étape : elle permet de sortir de la confusion, d’arrêter de se raconter certaines histoires, de voir plus nettement ce qui se passe.
Mais cette compréhension peut aussi créer une illusion, parce que comprendre n’engage à rien.
Comprendre permet de rester dans une position d’observation : on analyse, on relie les éléments, on affine sa lecture de la situation. Et tant qu’on reste à cet endroit, toutes les possibilités restent ouvertes.
Décider, c’est autre chose : ça implique de renoncer à certaines options, d’accepter des conséquences, de modifier un équilibre existant. Là où la compréhension éclaire, la décision engage.
C’est pour ça qu’il est possible de rester longtemps dans la lucidité sans que la situation évolue réellement : on comprend de mieux en mieux ce qui se joue, on voit les dynamiques avec de plus en plus de précision et pourtant, la réalité extérieure ne change pas.
La compréhension peut devenir une forme de zone intermédiaire : elle donne le sentiment d’avancer, tout en évitant le moment inconfortable où il faut choisir.
Mais ce n’est pas la clarté qui transforme une situation : c’est le moment où on décide d’agir en cohérence avec ce que cette clarté nous montre.
Alors qu’est-ce qui nous empêche de prendre une décision et de passer à l’action ?
Chaque décision a un prix
Quand on est lucide sur une situation, on pourrait croire que la décision suivra naturellement. Or tu le constates toi-même dans ta vie : c’est loin d’être toujours le cas !
Pourquoi ? C’est simple : décider et agir, c’est risqué et ça peut coûter cher.
Décider est un premier pas vers le changement : c’est un mouvement énergétique qui t’oriente dans la direction vers laquelle tu veux te diriger. Quand tu décides quelque chose, tu peux le sentir en toi : ça modifie un truc, même si tu n’as encore rien fait.
Et c’est ça qui est difficile : une décision, en te plaçant énergétiquement dans une orientation précise, te confronte déjà aux conséquences éventuelles d’agir selon ta décision.
Et ces conséquences peuvent te faire peur, ou te sembler tellement inconfortables que tu ne fais que repousser la décision : ça peut être de dire quelque chose qui n’a jamais été dit, de revenir sur un engagement, de rompre un accord, une relation, une manière de fonctionner, de poser une limite, de renoncer à une possibilité, à une image que tu as de toi… mais ça peut aussi entraîner un conflit, une perte matérielle, un gros changement concret.
Autrement dit, décider signifie accepter que quelque chose va changer — et accepter que ce changement aura un prix.
Es-tu prêt(e) à payer le prix des changements que tu veux voir dans ta vie ?
Dans l’exemple que je te racontais plus haut, pour moi le prix de la décision était élevé, puisqu’elle pouvait remettre en cause : ma relation avec cette personne, mais aussi l’organisation et la structure professionnelle que nous avions réussi à mettre en place, ainsi que l’image que j’avais commencé à me faire de moi-même, celle d’une gérante d’entreprise généreuse avec ses collaboratrices… et je n’étais pas vraiment prête à payer ce prix.
Attention : parfois, on se fait des illusions sur ce que nous coûterait une décision !
C’est pour ça que l’hésitation vient rarement d’un manque de compréhension : la plupart du temps, tu sais très bien ce qui se joue et, au fond, ce qu’il faudrait faire.
Mais tant que ta décision n’est pas prise, les pertes restent théoriques. Les conséquences ne sont pas encore réelles et toutes les possibilités continuent d’exister en même temps.
Le fait de rester dans l’indécision est une forme de protection : ça maintient un espace où rien n’est encore définitivement engagé.
2 facteurs qui peuvent compliquer la prise de décision
Dans certaines situations, d’autres éléments peuvent intervenir et rendre le fait de choisir plus difficile :
Certaines décisions impliquent de rompre une loyauté implicite : envers ta famille, un rôle que tu as longtemps tenu, ou une image à laquelle tu t’es identifié(e). Il arrive aussi qu’on ne puisse simplement pas prendre une décision qui soit en rupture avec une direction qui a été prise par nos ancêtres, même si on n’en a pas conscience. Changer est parfois impossible tant que les vieux “contrats” familiaux n’ont pas été mis à jour.
Il peut aussi exister un décalage entre la compréhension à un moment donné et ce que le corps ou le système est capable d’encaisser, ce qui peut ralentir la prise de décision.
Dans tous les cas, il n’est jamais une bonne idée de forcer quoi que ce soit : ce qui est intéressant, en revanche, est d’être toujours plus curieux vis-à-vis d’une difficulté à se positionner.
Si tu te reconnais dans l’une des situations décrites plus haut et que tu sens effectivement un empêchement total pour avancer, tu peux alors prendre des mesures cohérentes avec ta situation : te faire accompagner pour libérer les entraves générationnelles invisibles mais bien réelles, ou prendre soin de toi et de ton corps — ou les deux.
Mais le reste du temps, le blocage est plus simple que ça.
Et c’est précisément à cet endroit que la stabilité intérieure devient essentielle : quand il ne s’agit plus de comprendre, mais d’accepter les conséquences et le prix de ce qu’on a envie de faire.
Ce qui facilite la prise de décisions
Ce qui permet cette transition-là, c’est-à-dire le passage de “j’ai compris ce qui doit changer” à “je décide que ça change”, est donc une capacité à accepter le changement et à faire face à ce qui pourrait en découler, sans tout contrôler.
Cette capacité-là, on peut l’appeler la stabilité intérieure : c’est comme si tu pouvais t’appuyer sur une base solide, un socle, à l’intérieur de toi, qui ne vacille pas — même quand tous les repères bougent à l’extérieur.
La stabilité intérieure n’est pas une capacité à analyser ni une capacité à comprendre — qui sont des compétences très utiles, entendons-nous bien.
La stabilité intérieure, c’est une capacité à faire ce que tu sais ou sens être juste pour toi, conforme à tes désirs et tes valeurs, même si ça te demande d’affronter des moments ou des situations désagréables pour y arriver.
C’est décider et agir, malgré les réactions extérieures.
Quand tu es stable à l’intérieur, il peut se passer n’importe quoi à l’extérieur : ça n’aura que peu d’impact sur ton calme et ta concentration à avancer dans la direction que tu veux.
Cette stabilité intérieure, c’est la plupart du temps ce qui nous fait défaut et nous maintient dans le statu quo.
Ta stabilité intérieure peut varier selon les domaines
Tu auras remarqué que certains domaines, dans ta vie, ne te posent pas de problèmes alors que d’autres sont plus sensibles : il y a potentiellement des zones dans lesquelles tu te sens stable et pour lesquelles les décisions ne sont pas aussi difficiles que pour d’autres zones.
Certaines personnes n’ont aucun problème à être claires et à poser des limites dans le cadre professionnel, et dès qu’il s’agit de la famille, c’est une autre histoire. Pour d’autres, c’est dans les relations amicales et sociales qu’il est difficile de se positionner.
Chacun est arrivé sur Terre avec son petit baluchon, s’est engagé dans l’aventure de la vie comme il a pu et a vécu tout un tas d’expériences qui ont pu renforcer ou fragiliser son terrain interne.
Comment renforcer ta stabilité intérieure
Cette stabilité ne se construit pas en se répétant des phrases positives, que “tout va bien se passer” ou encore en forçant la confiance en soi : elle se développe en s’entraînant à adopter une posture d’ouverture et de curiosité face à ce qui est là.
Quand tu te trouves à cet endroit, c’est-à-dire là où tu vois que quelque chose doit changer, mais que rien ne se passe, que tu n’arrives pas à prendre une décision, au lieu de suivre l’élan automatique des jugements, des peurs et des reproches, sois curieux(se) :
“Je constate que je bloque sur une décision à prendre, ok, faisons le point” :
Comment je me sens, dans mon corps ? Y a-t-il des sensations particulières ? Si oui, lesquelles et à quel(s) endroit(s) ?
La frustration, l’anxiété ou le jugement ne sont pas des sensations, mais des émotions ou des interprétations de quelque chose qui se passe. De la chaleur dans le dos, une difficulté à respirer ou une tension dans les pieds sont des sensations.Y a-t-il des émotions ? Si oui, lesquelles ?
L’impression que je n’y arriverai jamais ou que je suis nul(le) ne sont pas des émotions mais des interprétations ou des jugements. La colère, la peur, la tristesse sont des émotions.Qu’est-ce qui se raconte, dans mon esprit ?
Prends le temps de bien faire le tour de toi-même pour explorer tout ce qui est là sur ces différentes dimensions — physique, émotionnelle, mentale.
Il n’est pas question de faire quoi que ce soit à partir de là : il s’agit de rester présent(e) avec toi-même, à mesure que tu fais cet état des lieux.
Exactement comme si on s’adressait à toi pour déposer quelque chose d’important, de précieux — et que tu prenais le temps de le recevoir et de porter ton attention dessus.
Parce que c’est ce qui se passe, en réalité : tu t’offres un temps d’attention et d’écoute sans attente.
Quel est le rapport avec la stabilité intérieure, tu vas me demander ? Eh bien c’est précisément ce genre d’entraînement à la curiosité sans attente qui renforce, petit à petit, notre terrain interne.
Pourquoi ça marche
C’est très simple.
C’est parce que tu seras capable, de plus en plus et de plus en plus souvent, de rester centré(e) et présent(e) à toi-même malgré l’intensité des émotions, des sensations et des flots de pensées qui t’assaillent, que tu seras capable de faire de même face à des réactions extérieures potentiellement déstabilisantes.
Ça demande de l’entraînement très régulier, mais il n’est pas nécessaire d’avoir de “gros dossiers” pour s’entraîner — au contraire, je dirais même qu’il est plus facile, et donc plus motivant, de le faire sur de toutes petites choses du quotidien, des moments de petite contrariété.
La stabilité intérieure ne consiste pas à ne plus ressentir de peur ou d’incertitude : elle consiste à rester en contact avec ce qui se passe en soi sans en devenir prisonnier, sans se laisser diriger par ça.
Quand on a renforcé sa stabilité intérieure, les décisions deviennent plus simples et les actions pour les concrétiser aussi. Non pas parce que tout est agréable ou confortable, mais parce qu’on arrive à rester présent et centré face à l’agitation, qu’elle vienne du dedans ou du dehors.
On peut commencer à oser certaines choses qu’on ne pouvait pas envisager avant et c’est comme ça que, petit à petit, on met de la cohérence dans sa vie : en agissant conformément à ses convictions, ses valeurs et ses envies profondes, sans se laisser dévier de sa route.
Maintenant dis-moi : qu’est-ce qui t’a le plus parlé dans cet article ? Échangeons en commentaires ☟
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Flora Douville
L’art de rester fidèle à soi